Elle arrive à table avec son sac et ses boîtes. Elle apporte sa nourriture à chaque repas ; c’est qu’elle est végétarienne. Une petite souris. Légère, fluide. Affectueuse. Madame Anaïs sait prendre la main quand il le faut et laisser couler à d’autres moments. Madame Anaïs, elle n’aime pas quand je l’appelle comme ça. Elle trouve que ça fait Mme Claude. Mais elle n’est pas tenancière de bordel, notre Anaïs.
Elle est rêveuse, un peu lunaire. Je suis sûre que s’il y avait un Pierrot sur la Lune, il lui ressemblerait. Colombine. Elle est un peu marginale. Elle nous permet de voir les choses d’un autre point de vue. Et heureusement. C’est doux de voir l’existence avec des yeux différents. Parce qu’avec ses yeux, on prend de la distance.
Elle manquerait peut-être de rigueur. Les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages. Ne pas lui donner d’ailes à notre ange gardien, elle ne reviendrait jamais. Elle passe beaucoup de sa vie à chercher ses lunettes. Etourdie je vous dis.
Mais elle est un être, une présence rassurante. Humaine.